(Littérature) Mes coups de cœur de Février 

Bonjour à tous !

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Je parle rarement de livres. Et pourtant, je les dévore. Enfant, ils ont été ma porte d’ouverture sur le monde et sur moi même. Parfois ils ont également été une prison, mais ce sont eux, en partie, qui m’ont armée pour la vie. Je lisais avec dévotion. Je lisais avec passion, me hâtant de dévorer le premier des livres empruntés à la médiathèque le samedi matin avant que celle-ci ne ferme le samedi soir pour y retourner. Et pourtant, j’ai eu une éducation très télévisuelle. A cinq ans, j’avais ma propre télé dans ma chambre et j’ai assisté au lancement de la chaîne Disney Channel en France depuis mon lit. Je me souviens d’une libraire qui, alors que j’avais huit ans, refusait de me vendre Notre Dame-De-Paris, me conseillant la version « pour enfant ». Mon orgueil me fit décliner et je donnais toutes mes petites économies de Noel pour une version que je trouvais jolie. Je n’ai évidemment pas réussi à le lire. D’ordinaire, lorsque je m’attelais à quelque livre trop compliqué pour mon âge, je le mettais de côté dans une pile spéciale et le retrouvais quelques mois après. Je n’ai jamais relu Notre-Dame-de-Paris. Il faudrait vraiment le faire. Mais mon orgueil de petite fille souffre encore du regard de la libraire « de toutes façons, tu ne comprendras pas ». J’aurais aimé qu’elle soit plus pédagogue.

Bref, je lisais et surtout, je parlais de mes lectures. Elles me transportaient. En entrant à la fac, je me suis inscrite sur le forum d’une des asso étudiante car sa section culturelle était chouette. J’y postais de longues analyses ampoulées et passionnées de mes derniers coups de cœur.

Puis, l’arrivée des réseaux sociaux, des séries télé en streaming et enfin de très graves problèmes d’argent et le stress des exams ont fait de moi une lectrice moins bavarde sur ses lectures, puis une lectrice moins avide de lecture aussi.

Est arrivé ensuite ce que j’espère voir rester l’événement le plus dramatique de ma vie. La perte très brutale et insoupçonnable de la personne qui m’était la plus chère. Alors je n’ai plus lu mais beaucoup travaillé. Ça tombait bien, j’avais besoin d’argent et un boulot où je pouvais cumuler les heures supplémentaires. Je me souviens avoir fait une exception pour la série de Carlos Ruiz Zafon, le cimetière des livres oubliés qu’on m’avait conseillé. Il m’a transportée et m’a permis à la fois de me concentrer pour la première fois depuis l’événement et de m’enfuir loin de moi. Mais lorsqu’on doit apprendre à vivre avec une douleur lancinante, on change. Moi j’ai perdu mes émotions profondes. On réapprend à vivre. J’ai retrouvé la joie, l’anxiété, la compassion, l’amour, le rire. Mais une grande partie de ma vie intérieure est morte. Plus de musique, plus de livres. Ils m’étaient devenus soit insoutenables, soit froids et inintéressants. Mais si on n’alimente plus sa vie intérieure, elle meurt d’elle-même. Petit à petit, je suis revenue aux livres, avec une nouvelle forme de gourmandise. Je ne les lis plus de la même façon. Je ne m’expose pas encore à eux comme par le passé. J’apprécie leur histoire, leur structure, leur langue, leur audace, mais pas encore leurs émotions. Ou alors je pleure le matin dans le bus pour une page qui ne décrit rien d’exceptionnel mais qui a le mérite de percer un peu la carapace que la survie m’avait imposée.

Bref, je ne sais plus parler de livres et j’ai beaucoup parlé de moi, mais ce blog est aussi un exutoire. Et s’il peut vous donner de bonnes idées, alors j’en serai contente. De temps en temps, je vais donc essayer de vous reparler de littérature, en espérant peut-être devenir aussi convaincante qu’avant.

Ces trois dernières semaines, j’ai eu deux gros coups de cœur :

  • L’automobile club d’Egypte de Alaa el Aswani, l’auteur de l’Immeuble Yacoubian que j’avais déjà adoré il y a quelques années ;
  • La condition pavillonnaire de Sophie Divry


Ces deux livres n’ont rien de semblable mais m’ont transportée.

Dans l’automobile club d’Égypte, j’ai retrouvé ce que j’avais tant aimé de l’Immeuble Yacoubian : une belle langue, une construction intéressante et surtout un vrai amour des personnages. Ce n’est pas tant l’histoire que l’observation de personnages assez normaux et par eux, de l’Egypte qu’aime tant l’auteur, qui fait la richesse de ces romans. Il y a là une fine psychologie et pour moi, la plus belle des beautés, celle de la vie telle qu’elle est. J’ai toujours adhèré au réalisme il faut dire. El Aswani sait nous captiver et nous entraîner avec lui dans les rues du Caire à cette époque de montée de l’anti-impérialisme et des premières actions indépendantistes. Pourtant, ce n’est pas un ouvrage politique. C’est juste l’histoire d’égyptiens et d’anglais différents les uns des autres à cette même période.

La condition pavillonnaire n’a pas grand chose à voir, si ce n’est réussir le pari de tenir tout un roman sur la vie d’une femme normale et quasiment caricaturale. On suit la vie d’une baby-boomeuse jusqu’à son décès, de ses études pour lesquelles ses parents artisans se sont sacrifiés à l’arrivée de ses petits enfants dans son pavillon. On sent bien que Sophie Divry n’est pas complètement adhérente au modèle petit-bourgeois. Il y a parfois de la critique mais surtout beaucoup d’amour pour ce personnage qui ne présente rien d’original et une conscience aiguë de la vie. Une analyse si fine des quotidiens est incroyable ! Le style aussi se permet de drôles de choses. Le roman est écrit à la deuxième personne du singulier, joue avec les temps et les mots. C’est un vrai régal qui fait réfléchir sur notre société sans tomber dans la culpabilisation. Il observe, constate et aime.

Je vous recommande plus que vivement ces deux livres. J’espère que ma longue introduction ne vous aura pas ennuyés.

Bonne journée à tous,

Victoria

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