(Littérature) L’Affaire Joël Dicker : ce que je pense du dernier écrivain à succès

J’ai découvert Joël Dicker très tardivement et grâce aux Instabookers.

Je ne sais pas où j’étais ces dernières années, je lis pourtant beaucoup de presse et donc de pages culturelles, je me rends en librairie et en bibliothèque, mais j’avais complètement échappé à L’Affaire Harry Quebert et au phénomène Marcus Goldman. J’ai lu les deux tomes de ce qui s’annonce être une trilogie et qui propose pour l’heure deux romans, La vérité sur l’affaire Harry Quebert et le Livre des Baltimore, qui partagent le même narrateur, Marcus Goldman, jeune écrivain américain à succès que l’on accompagne à la fois dans ce qui lui arrive dans la vie (son professeur accusé de meurtre, la tentative de renouer avec un amour de jeunesse pas oublié), la rédaction du roman qu’il a en cours, ses réflexions sur lui-même, son passé, son métier d’écrivain… Et s’il est encensé partout, je crois bien que j’ai un avis un peu plus mitigé.

Le Livre des Baltimore

C’est par le Livre des Baltimore, qui est en fait une sorte de tome 2, que j’ai commencé. J’en ai un peu parlé sur Instagram : c’est un gros pavé, l’histoire est passionnante, ce n’est pas toujours bien écrit (mais je suis sans doute très exigeante), la psychologie de certains personnages est franchement caricaturale (notamment le personnage féminin dont est amoureux le narrateur) mais pourtant, malgré tous ces défauts, je n’ai pas pu m’en détacher. Je voulais connaître la suite, le suspense était très efficace car je n’attendais pas la fin depuis le début et j’ai eu les larmes aux yeux pour les dernières pages. Bref, un livre qui m’a partagée et sur lequel j’avais du mal à me faire une opinion.

Il m’a permis de perdre un peu en élitisme et d’accepter qu’il existe des romans agréables malgré leurs grandes imperfections et bien qu’ils prétendent être plus. Et si je ne le considérerais jamais comme un grand livre, que je ne l’offrirais pas avec émotion à des amis ou de jeunes lecteurs dans l’espoir de leur faire découvrir quelque chose, je le prêterais volontiers à une amie qui part en vacances à la plage ou un copain qui a besoin de s’abandonner dans un roman prenant.

La Vérité sur l’affaire Henry Quebert

Comme mon opinion semblait minoritaire dans cette grande toile de l’internet littéraire, j’ai décidé de me lancer dans le 1er livre des aventures de Marcus Goldman à peine quelques semaines plus tard : La vérité sur l’affaire Harry Quebert. J’ai beaucoup plus aimé. Il est bien mieux écrit (et c’est à cette réflexion que j’ai réalisé que l’auteur n’était pas du tout Américain mais Suisse et francophone ; il n’y a donc pas de traducteur), s’il manque parfois un peu de finesse sur la psychologie des personnages, il ne pêche pas autant que son successeur (sauf pour le personnage de la mère…), l’histoire est prenante, intéressante, avec un vrai suspense. Là encore, ce n’est pas un chef d’œuvre, mais j’ai mieux compris l’engoûment généralisé et j’ai franchement aimé.

La trilogie Marcus Goldman (l’auteur ayant annoncé son projet d’en faire une trilogie)

C’est bien là tout le problème ! Parce que j’ai bien aimé le 1er tome, c’est tout Joël Dicker (l’écrivain publié, je ne prétends juger ni l’homme ni ses écrits personnels) qui baisse dans mon estime. L’articulation entre l’Affaire Harry Quebert et le Livre des Baltimore est parfaitement ratée à mon sens : il se passe quelques années entre les deux, le personnage évolue, c’est normal, mais quand même, je n’ai vraiment pas eu l’impression d’avoir affaire à la même personne. A la lecture du Livre des Baltimore, on sait qu’au moment de l’Affaire Harry Québert il traverse un véritable Drame familial dont il n’avait pas parlé, OK, mettons cela sur le compte du déni. Il me semble qu’il y a des incohérences fortes entre les récits d’adolescence rapportés dans les deux livres, également sur le choix de son université, l’histoire avec l’actrice. Et surtout… la mère ! Heureusement pour elle, elle gagne au change dans le tome 2. D’une mère juive caricaturale et hystérique (qui explique à son fils que s’il a la « maladie » de l’homosexualité, l’amour d’une mère pourra y remédier) dans l’Affaire Henry Quebert, on retrouve une mère effacée, posée, plutôt sage, avec quelques complexes sociaux et un comportement complètement différent dans Le Livre des Baltimore. Peut-être que d’avoir lu le second avant le premier exacerbe cette impression. Mais justement, j’aurais attendu un travail plus minutieux sur le second pour mieux coller au premier !

Ces constats me font un peu déchanter et me rendent sévère. De plus, je regrette finalement le manque d’originalité littéraire. Il y a beaucoup d’imagination, les deux histoires n’ont rien à voir, sont très complètes, bien construites, un vrai scenario. Mais Dicker nous ressert le procédé du mélange témoignage de l’auteur en temps réel / flashs-back supposés dans la vie d’autres personnages / flashs-back réels dans la vie de l’auteur / extraits du livre qu’il est entrain d’écrire sur l’histoire qu’il est entrain de vivre. C’était une très bonne idée pour un roman comme pour l’autre. Mais pour les deux se suivant, cela essouffle le procédé : comment Joël Dicker va-t-il se renouveler ?

En somme, si les deux romans sont agréables à lire, le premier est quand même bien meilleur que le second (ce n’est pas rassurant), je crois bien que Joël Dicker cherche à nous faire comprendre dans les réflexions métaphysiques de Marcus qu’il nous offre des romans commerciaux bien calibrés aux attentes d’un lecteur classique du XXIe siècle de la catégorie de ceux qui lisent plus de trois livres par an et n’ont pas peur des gros pavés. C’est agréable, c’est bien marketé, mais ça passera. Et c’est finalement ce que j’aimerais voir dans le dernier opus des aventures de Marcus, que je lirai malgré tout : qu’il reprenne la réflexion du premier sur l’écrivain au XXIe siècle et l’approfondisse. Il se passera peut-être alors quelque chose d’un peu plus hors-normes !

Avez-vous lu les romans de Joël Dicker ?
Qu’en pensez-vous ?
Vous aussi avez-trouvé des incohérences entre les deux ?

Dites-moi tout !

Bon week-end à tous,

Victoria

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